{"id":853,"date":"2019-01-30T16:17:19","date_gmt":"2019-01-30T16:17:19","guid":{"rendered":"https:\/\/lesclosperdus.com\/?p=853"},"modified":"2019-01-30T16:17:19","modified_gmt":"2019-01-30T16:17:19","slug":"newsletter","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lesclosperdus.com\/fr\/newsletter\/","title":{"rendered":"Newsletter"},"content":{"rendered":"<p><strong>Tout d\u2019abord, un grand merci \u00e0 James Dunstan et Shoko Nakagawa pour leur visite durant la p\u00e9riode des vendanges. James nous a amicalement autoris\u00e9s \u00e0 publier les notes qu\u2019il a prises durant son s\u00e9jour:<\/strong><\/p>\n<p>Dimanche 9 septembre\u00a0: Nous arrivons pour les vendanges aux \u00ab\u00a0Clos Perdus\u00a0\u00bb, dans le Languedoc-Roussillon, o\u00f9 Paul Old, un de nos vignerons pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s, produit une gamme de vins de grande qualit\u00e9. Cette rencontre avec Paul promet d\u2019\u00eatre riche en enseignements; tout d\u2019abord, comme vous \u00eates nombreux \u00e0 le savoir, Paul est un anglophone qui combine la science, le savoir-faire et l\u2019art. Il a \u00e9t\u00e9 danseur classique contemporain et est dipl\u00f4m\u00e9 de l\u2019universit\u00e9 d\u2019Australie en sciences du vin. C\u2019est sa 15<sup>\u00e8me<\/sup> ann\u00e9e en tant que vigneron; cette ann\u00e9e les vendanges durent depuis plusieurs semaines, et sont de ce fait les plus longues que Paul ait connues.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un hiver normal (c\u2019est-\u00e0-dire froid, un peu pluvieux), des pluies anormalement fortes sont tomb\u00e9es d\u2019avril \u00e0 ao\u00fbt, en plus de la canicule estivale. Peut-\u00eatre avez-vous vu les photos de la crue de la Seine \u00e0 Paris ou des inondations dans le nord de la France.<\/p>\n<p>Il a aussi beaucoup plu dans le sud de la France \u2013 un peu moins au centre, dans les r\u00e9gions viticoles de la Champagne, de la Loire, de la Bourgogne, du Beaujolais, de l\u2019Alsace, et dans le nord du Rh\u00f4ne. Dans le sud, c\u2019est-\u00e0-dire du sud du Rh\u00f4ne au Languedoc Roussillon jusqu\u2019\u00e0 la Provence, la pluie a favoris\u00e9 les maladies de la vigne. Les principaux agresseurs, des champignons, sont le mildiou et l\u2019o\u00efdium. En agriculture biologique ou biodynamique, on peut traiter l\u2019o\u00efdium avec du soufre (en poudre) et le mildiou avec de la bouillie bordelaise (sulfate de cuivre sous forme liquide). Mais cette ann\u00e9e, la pluie est tomb\u00e9e presque toutes les semaines de d\u00e9but avril \u00e0 fin juin, et donc impossible de traiter correctement entre les averses. En plus, quand il pleut, il est tr\u00e8s difficile de se d\u00e9placer dans les vignes car la terre est trop collante.<\/p>\n<p>Voici les hauteurs de pr\u00e9cipitations mensuelles\u00a0 enregistr\u00e9es \u00e0 Narbonne (avec entre parenth\u00e8ses les valeurs de 2017). La situation de Paul est un peu plus compliqu\u00e9e, parce que ses parcelles sont dispers\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 une heure de route de sa base de Peyriac, qui elle-m\u00eame se situe \u00e0 20 minutes au sud-est de Narbonne et est aussi plus proche de la mer. Mais \u00e7a donne une id\u00e9e.<\/p>\n<p>Janvier 23mm (69)<br \/>\nF\u00e9vrier 44mm (107)<br \/>\nMars 151mm (81)<br \/>\nAvril 117mm (13)<br \/>\nMai 93mm (19)<br \/>\nJuin 10mm (27)<br \/>\nJuillet 41mm (14)<br \/>\nAo\u00fbt 13mm (21)<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, nous vendangeons sur deux parcelles qui se trouvent \u00e0 une heure d\u2019ici, sur les hauteurs d\u2019Estagel dans le Roussillon. Paul utilise les fruits de ces parcelles pour plusieurs cuv\u00e9es, comme L\u2019Ann\u00e9e Rouge et L\u2019Ann\u00e9e Blanc, ainsi que pour ses cuv\u00e9es haut de gamme L\u2019Extr\u00eame Rouge et L\u2019Extr\u00eame Blanc.<\/p>\n<p>R\u00e9veil nocturne \u00e0 05h15, juste le temps d\u2019un caf\u00e9 mais pas de \u00abp\u2019tit d\u00e9j\u00bb, il faut tenir avec le copieux repas de la veille. Nous rejoignons Paul \u00e0 06h15 devant la cave et partons en convoi, Paul devant dans son fid\u00e8le VW combi orange \u00e9quip\u00e9 de 4 roues motrices qui lui permettent de monter et de descendre les pistes, suivi d\u2019un autre minibus qui transporte des vendangeurs espagnols.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re parcelle se situe sur une colline pr\u00e8s de Montner, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Calce: 1 hectare de macabeu plant\u00e9 en 1950 sur un terrain mica-schisteux expos\u00e9e plein sud qui donne au vin son caract\u00e8re min\u00e9ral. Le temps est couvert, il fait environ 22\u00b0C;\u00a0 c\u2019est l\u2019id\u00e9al pour vendanger, m\u00eame si la grisaille est un peu d\u00e9primante. Nous cueillons pendant une heure et demie. J\u2019arrive \u00e0 remplir trois caisses. Il faut faire attention \u00e0 ce qu\u2019il n\u2019y ait pas de pourriture sur les grappes. S\u2019il y en a, on enl\u00e8ve les parties contamin\u00e9es ou bien on jette carr\u00e9ment la grappe. A 10, on remplit 35 caisses. On fait une pause de 10 minutes pour prendre un caf\u00e9 et un croissant avant de continuer la route. Mais on laisse les 35 caisses sur place; la piste menant \u00e0 l\u2019autre parcelle est tellement raide que le tout-terrain ne peut y monter que sans charge suppl\u00e9mentaire. Ce n\u2019est pas tr\u00e8s rassurant.<\/p>\n<p>On rebrousse chemin jusqu\u2019\u00e0 Estagel, puis direction Maury, pour traverser le Mas Amiel au Mas de Fredas et laisser la voiture au pied de la colline. Nous embarquons dans la VW pour la mont\u00e9e, tandis que les espagnols montent \u00e0 pied au pas de course. Sur cette parcelle d\u2019un demi-hectare, un terrain tr\u00e8s pentu de schiste friable expos\u00e9 plein sud, nous allons cueillir du grenache noir plant\u00e9 entre 1900 et 1910. Malgr\u00e9 l\u2019\u00e2ge des vignes, les raisins serviront \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de la cuv\u00e9e entr\u00e9e de gamme L\u2019Ann\u00e9e Rouge, car \u00e9tant plein sud, l\u2019exc\u00e8s de soleil et de chaleur ne permet pas de d\u00e9velopper suffisamment de finesse et de complexit\u00e9 aromatique tout en gardant une certaine fra\u00eecheur. Mais Paul a aussi des parcelles sur la face nord, dont il r\u00e9coltera d\u2019ici deux semaines les fruits pour ses majestueuses cuv\u00e9es L\u2019Extr\u00eame. Nous passons deux heures \u00e0 cueillir ici, pour un total de 65 caisses. Le travail est difficile, le fruit est tellement bas qu\u2019il touche presque le sol, et il est souvent cach\u00e9 par le feuillage. Nous chargeons les caisses dans le combi, puis c\u2019est parti pour une descente \u00e0 sensations fortes, car la piste semble presque verticale par endroit, avec des orni\u00e8res et le vide c\u00f4t\u00e9 passager.<\/p>\n<p>On se retrouve \u00e0 la cave, Paul s\u2019arr\u00eatant d\u2019abord \u00e0 Montner pour r\u00e9cup\u00e9rer les 35 caisses. Nous d\u00e9chargeons le combi avant de faire une pause.<\/p>\n<p>Ensuite, nous trions s\u00e9par\u00e9ment les deux c\u00e9pages \u00e0 la cave avec un soin encore plus \u00e9lev\u00e9 que ce \u00e0 quoi nous nous attendions.<\/p>\n<p>Nous versons le contenu de chaque caisse de macabeu dans l\u2019\u00e9rafloir, une machine horizontale qui s\u00e9pare les grains des rafles, qui sont \u00e9vacu\u00e9es \u00e0 l\u2019autre bout. Nous trions ensuite \u00e0 la main les grains \u00e9rafl\u00e9s et \u00e9cras\u00e9s pour enlever les bouts de tige restants afin d\u2019avoir une mati\u00e8re premi\u00e8re la plus propre possible pour la fermentation. Nous passons ensuite les grains dans un petit pressoir vertical. Nous posons soigneusement un voile aux dimensions du pressoir entre les couches de grains, et nous disposons les rafles sur les c\u00f4t\u00e9s ainsi que sur chaque couche en quatre points \u00e9quidistants. C\u2019est un proc\u00e9d\u00e9 manuel qui demande une pr\u00e9cision du d\u00e9tail quasi-obsessionnelle. Le but \u00e9tant que le pressurage se fasse tr\u00e8s lentement, proprement et compl\u00e8tement sans que les grains ne se coincent sur les c\u00f4t\u00e9s ou ne se collent entre eux, que le jus s\u2019oxyde doucement, et d\u2019extraire des rafles la mati\u00e8re ph\u00e9nolique qui apportera corps et complexit\u00e9 au vin. Au d\u00e9but, Paul go\u00fbte le jus r\u00e9guli\u00e8rement pour \u00e9valuer sa puret\u00e9, son taux de sucre, sa longueur en bouche et pour ajuster le pressoir si n\u00e9cessaire. Il n\u2019y a pas de protocole fixe, tous les proc\u00e9d\u00e9s sont ajust\u00e9s selon les caract\u00e9ristiques des grains en question. Le jus est pomp\u00e9 d\u00e9licatement dans une vieille barrique contenant le jus issu d\u2019un carignan blanc r\u00e9colt\u00e9 il y a quatre jours et qui commence \u00e0 fermenter. Paul avait envisag\u00e9 de faire un pur carignan blanc, mais au final il ajoute le macabeu que nous venons de r\u00e9colter parce qu\u2019il n\u2019avait pas d\u2019autres petites barriques o\u00f9 il aurait pu le mettre \u2013 c\u2019est le c\u00f4t\u00e9 pragmatique du m\u00e9tier, parfois c\u2019est juste une question de logistique! Nous avons donc un assemblage int\u00e9ressant \u2013 qui selon son \u00e9volution pourrait finir dans la cuv\u00e9e L\u2019Ann\u00e9e, ou bien dans une micro-cuv\u00e9e. Quand on fait du vin, on est bien face \u00e0 une cible mouvante\u2026<\/p>\n<p>Il nous a fallu environ une heure pour presser les 35 caisses de macabeu.<\/p>\n<p>A 13h30, c\u2019est la pause d\u00e9jeuner. On descend une bouteille de Beaujolais Villages 2017 du Domaine Chapel \u2013 beaucoup de classe et de plaisir de la part de cet excellent jeune producteur, fils du l\u00e9gendaire chef Alain Chapel, qui sorti sa premi\u00e8re cuv\u00e9e en 2016 \u00e0 Lapierre.<\/p>\n<p>Plus tard, apr\u00e8s la sieste traditionnelle, nous nous occupons du grenache noir. Nous proc\u00e9dons comme avant: dans l\u2019\u00e9rafloir\/fouloir, suivi du tri manuel. Ensuite, \u00e7a devient int\u00e9ressant. Le jus est vers\u00e9 dans une cuve inox contenant de la syrah cueillie il y a quatre jours \u00e0 Fr\u00e9zas dans les Corbi\u00e8res, et issue d\u2019une vigne plant\u00e9e en 1985 sur un sol argilo-calcaire m\u00e9lang\u00e9 \u00e0 du schiste et de la marne bleue. La fermentation a d\u00e9but\u00e9 et la temp\u00e9rature est en augmentation\u00a0; l\u2019ajout du grenache va temporairement refroidir le mo\u00fbt, stopper la fermentation et introduire une nouvelle population de levures. La fermentation red\u00e9marrera spontan\u00e9ment, aboutissant en un vin probablement plus complexe. Pas mal, non? Et ceci pour l\u2019entr\u00e9e de gamme L\u2019Ann\u00e9e. Paul abordera\u00a0 chaque barrique et cuve avec autant de soin et dans le m\u00eame esprit de curiosit\u00e9.<\/p>\n<p>Nous nettoyons la cave, et sortons les rafles pour les d\u00e9poser provisoirement sur une des parcelles du vignoble les plus proches. Et nous nous pr\u00e9parons pour un nouveau d\u00e9part aux aurores.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tout d\u2019abord, un grand merci \u00e0 James Dunstan et Shoko Nakagawa pour leur visite durant la p\u00e9riode des vendanges. James nous a amicalement autoris\u00e9s \u00e0 publier les notes qu\u2019il a prises durant son s\u00e9jour: Dimanche 9 septembre\u00a0: Nous arrivons pour les vendanges aux \u00ab\u00a0Clos Perdus\u00a0\u00bb, dans le Languedoc-Roussillon, o\u00f9 Paul Old, un de nos vignerons [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-853","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorised-fr"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lesclosperdus.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/853","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lesclosperdus.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lesclosperdus.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lesclosperdus.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lesclosperdus.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=853"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lesclosperdus.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/853\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":854,"href":"https:\/\/lesclosperdus.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/853\/revisions\/854"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lesclosperdus.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=853"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lesclosperdus.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=853"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lesclosperdus.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=853"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}